11 août 2010

Dieu, les autres et moi

L'émancipation est-elle conciliable avec l'irrationalité et cette forme d'ignorance propre à la religion ?


Se libérer et devenir indépendant induit de se soustraire à toute autorité, à toute domination. 
Or, si il y a bien un élément qui caractérise la religion, c'est l'endoctrinement des individus dès leur plus jeune âge, où le clergé met tout en oeuvre pour occulter une quelconque remise en question ou autonomie de pensée chez les fidèles. Mais dans nos sociétés laïques, chaque individu a le choix
Alors pourquoi moi, la militante de gauche (je dois préciser : une militante en devenir car je n'ai rien fait de concret pour le moment) et féministe, je revendique, haut et fort mon appartenance à la communauté  chrétienne catholique.
Cette contradiction peut s'expliquer de plusieurs façons. La première qui me vient à l'esprit est celle de mon goût pour la complexité, pour la non évidence des choses. (au point de croire que si j'étais née dans une société théocratique, j'aurais surêment été une athée subversive !)
En vérité, cette contradiction s'explique du fait qu'il ne s'agit pas tant de religion que de spiritualité. 
Il s'agit de mon "moi" profond, de mon âme, d'un mysticisme particulier. Et que pour être née et avoir grandi dans un pays où la religion est devenue minoritaire, où tout est vécu de manière individualiste, la notion de "spiritualité" prend alors tout son sens. Mon approche de la religion se distingue par un recentrage sur ma foi. Car de mon humble avis, la religion est une affaire personnelle. En aucun cas, elle ne saurait définir ma personne mais elle influence grandement ma vie.
C'est pourquoi, il m'a semblé important d'y consacrer un post. Un post qui semblera sûrement incohérent. Je l'assume entièrement.
Mais ce qui me donne envie d'en parler, c'est le trop plein de ferveur de ma mère qui  contraste avec mon désarroi aigri envers le catholicisme !
Une opposition qui prend de l'ampleur de jour en jour comme le premier vendredi de ce mois de juillet. 
Contrairement à ses habitudes, ma mère s'est rendue à l'Eglise Saint Sulpice de Paris. Elle tenait absolument à ce que j'assiste à la messe de 18H45, suivie de la veillée du Saint Sacrement. 
Pour la énième fois depuis la fin de mon carême, j'ai refusé sous prétexte que je devais voir un ami. Prétexte injustifié, si je me considère comme une pratiquante mais compréhensible vue la vie que je mène en ce moment. 
Car tout le problème vient du fait que je suis dogmatiquement incompatible avec la religion.
En gros, je vis dans le pêché ! LOL.
J'en ris parce que je n'ai pas honte de dire que j'ai un rapport totalement pragmatique à la religion. Je ne  prends que ce qui convient à ma vie de jeune femme indépendante et ambitieuse... Pour moi, la notion de péché me semble très subjective, du moins très relative, elle est sujette à interprétation et semble être construite par les Hommes au gré de leurs intérêts : d'où mon ton quelque peu acerbe.


Il n'empêche que je ne cesse de me poser la question : en tant que catholique affirmée, dois-je me sentir pécheresse parce que je ne vais pas à l'église tous les dimanches matins, que je ne fais pas toutes mes prières et que je n'adhère pas à un quart de ce que dit le chef suprême, notre cher benoît XVI... 
Suis-je condamnée à l'Enfer si je chaparde des élastiques H&M, si je mens sur mes horaires, si j'embrasse un garçon avant le mariage... Quand on voit certains lapider des femmes parce qu'elles portent un pantalon, massacrer des innocents, piller ou escroquer des populations appauvries au nom de Dieu, au lieu de se préoccuper de la corruption et de l'insécurité générale dans des Etats fragiles,  on se rend bien compte que la religion est avant tout une affaire de pouvoir et de contrôle social dans un système de "castes" et/ou patriarcal.


Ceci dit la question fondamentale qui se pose à moi et sûrement à vous est : Comment un esprit aussi cartésien que le mien peut-il se sensibiliser à l'idée d'un Être ou plutôt d'une quintessence supérieure à toute chose, qui régirait notre monde ? Pourquoi ai-je besoin de croire en Dieu ? Pourquoi revendiquer appartenir à telle ou telle religion ?
Depuis ma plus tendre enfance, mes parents (plus exactement ma mère) m'ont élevé dans le respect de la religion catholique. 
Comme tout bon chrétien, ils se sont évertués à nous inculquer (mes soeurs et moi), les valeurs chrétiennes avec toute la simplicité mystificatrice qu'elles comportent. Pour résumer, Dieu créa l'homme et la femme. Celle-ci de nature faible et versatile incita l'homme à commettre LE péché inexpiable. L'homme fut ainsi condamné à subir tous les aléas et les duretés d'une vie sur Terre mais il peut toujours se racheter si il suit la voie que lui a montré le Messie Jésus Christ. Ou devrait-on dire le pape et son personnel "irréprochable".
Enfant, on appréhende le monde à travers le regard que portent nos parents sur celui-ci. Ils sont notre seule référence. Mais quand vient le moment de se détacher affectivement d'eux, que l'on commence à "s'autonomiser" (néologisme ?!). Eh bien, ce qui semblait être des évidences acquises pour toujours, s'avèrent finalement plus ou moins inexactes.
Et c'est en ça que l'école joue un rôle formidable et extrêmement important : développer l'esprit critique en acquérant les connaissances que les ancêtres nous ont transmis, analyser la difficulté d'un fait,  contester en argumentant etc... Ceci m'a éloigné de la religion au terme de mes 18 ans. Mais pas de n'importe quelle religion ! il s'agissait pour moi d'une religion qui s'affirmait universelle (d'après mes cours de catéchisme) mais qui, au regard de l'Histoire, était avant tout une religion faite par des hommes blancs pour des hommes blancs. Je n'ai jamais compris comment mes parents pouvaient adhérer à un Dieu qui avait choisi un seul peuple : les Hébreux alors qu'Il doit aimer TOUS les hommes ! Je ne pardonnerai jamais le rôle majeur des catholiques dans la légalisation et l'institutionalisation de l'esclavagisme des Noirs par les européens à partir du XVIème siècle. Grâce à un bric-à-brac théologique fabriqué de toute pièce, on a pu cautionner un système injuste et criminel posant les jalons d'un racisme qui perdure !  Je ne comprends pas car il va de soi qu'il y ait une incompatibilité entre mon "identité noire", entièrement reniée dans la Bible et la foi inébranlable de ma mère.


Aujourd'hui, je me suis "remise" dans la religion. Et parce qu'elles font partie de mon identité, je ne rejette pas mes valeurs catholiques : je suis très attachée aux idées de générosité, de partage, d'amour du prochain, de justice sociale et d'humilité, véhiculées par le Christ... même si très souvent,  certains messages posent problèmes et sont constament en but avec mon esprit rationnel.
Mais la religion a ceci de fascinant qu'elle n'est pas vouée à être comprise et moi qui me targue à vouloir toujours être le plus explicite possible, je ne devrais pas utiliser le terme de "religion" mais celui de spiritualité... Mon attachement au catholicisme est réel. Et dur, dur de se défaire de ses habitudes.
A présent, il est question d'un rapport personnel entre Dieu et moi. Je ne cherche pas à convertir qui que ce soit et me permettrait jamais de juger la pratique religieuse de quelqu'un car c'est une affaire entre Dieu et l'individu. 
Cependant, il y a une chose que je souhaite aborder : les fameuses affaires des prêtres pédophiles.
Des faits déplorables qui prouvent la place ambiguë de la religion en Occident ;
La découverte d'abus sexuels sur mineurs par des prêtres et religieux catholiques au cours de ces 6 derniers mois, a fortement ébranlé les chrétiens d'Europe et d'Amérique. 
D'un naturel flegmatique et peu entrain à tenir compte des critiques des pouvoirs séculiers et encore moins des opinions publiques, le pape Benoît XVI s'est refusé à toute réaction, toujours fidèle au vieux dogme de l'infaillibilité pontificale. Mais le scandale a pris de telles proportions médiatiques que le successeur de Jean Paul II s'est résolu à demander pardon à toutes les victimes de ces agissements immoraux, lors d'une allocution prononcée le 12 juin 2010 à la place Saint-Pierre de Rome.
Ancien préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi, un des ministères de l'Eglise romaine dont le rôle est  de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi, le pape Benoît XVI s'est tout de suite distingué par ses positions hyperconservatrices. Proposant le retour d'une liturgie catholique en latin, la prohibition totale de l'usage du préservatif au profit de l'abstinence comme moyen de lutte contre l'épidémie du SIDA ou encore par la réhabilitation d'un ecclésiastique clairement négationniste, le pape actuel semble particulièrement sensible au courant intégriste. 
Un courant qui prend de plus en plus d'ampleur via le net mais aussi grâce à une interprétation des grands conflits internationaux comme une nouvelle logique de guerre de religions opposant le camp occidental de tradition judéo-chrétienne aux barbares musulmans symbolisés en la personne de Oussama Ben Laden.
Cela permet de voir, à quel point  les sociétés occidentales entretiennent des rapports extrêmement complexes presque contradictoires avec la religion (un peu comme moi finalement !).
Mais, je trouve cela affligeant voir même inquiétant de voir un chef d'Etat se  prononcer clairement  pour une religion cf. discours de Nicolas Sarkozy au Vatican, en décembre 2007. 
Je suis assez outrée par ces hommes politiques (de plus en plus nombreux d'ailleurs ) s'affirmant, en tout cas se devant être laïques mais qui n'hésitent plus à imbriquer ce qui est de l'ordre de l'intime conviction à leur fonction publique. Ceci rien qu'à des fins politiques ! Car inconsciemment (ou sournoisement ?!), ils remettent en cause, cette laïcité tant défendue (surtout quand il s'agit de montrer du doigt les musulmans !)
Les affaires éclaboussant le Pape, et plus généralement l'Eglise catholique, révèlent le paroxysme de la déchristianisation des sociétés européennes où plus d'une personne sur cinq se déclarent ouvertement athées tandis qu'un grand nombre de ceux qui s'affirment d'obédience chrétienne, se contentent de baptiser leurs enfants, de se marier à l'église ou encore d'assister à la messe de Pâques au nom de la tradition. Ces comportements témoignent d'un enracinement profond de la religion dans l'identité culturelle d'un pays que les changements sociétaux n'ont pas pu enrayer totalement. Elle montre surtout que l'on confond ce qui est de l'ordre du culturel au cultuel, terme désignant "ce qui se rapporte au culte".


Pour finir, je veux répondre à la vindicte populaire qui s'est acharnée sur les catholiques et à tous ceux qui me regardent avec de grands yeux lorsqu'ils apprennent que je suis catholique.
Il faut arrêter de se voiler la face : l'idéologie de la modernité (qui a permis la diffusion rapide d'une position antichrétienne dans toutes les couches sociales) veut nous faire croire que les seules limites légitimes sont celles que se fixe un individu (?!). Les vieilles autorités (l'Eglise, l'Ecole, l'Armée...) n'existent plus, seule la science compte. Donc, plus besoin d'interférence pour nous dire ce qui est  bien ou mal. Sans plébisciter un retour archaïque aux valeurs d'antan chers à Pétain (Dieu, la famille et la patrie), il n'empêche que ça donne une société en mal de repères, où la violence devient endémique tandis que la déliquescence morale atteint les plus hautes sphères de l'Etat ! 
Mais ce qui me touche le plus, c'est le cynisme que brandit la naïveté moderniste. Je parle de c,es personnes qui se targuent de tout savoir comme le fonctionnement du monde, qui refuse d'adhérer à tout discours prêchant le bien, qui exclut toute chose qui cherche la "lumière" et vise l'au-delà. C'est triste de ne plus croire en rien d'incandescent, de se contenter d'une vie matérialiste où la finitude n'augure rien de réjouissant...Très souvent, je remarque un certain dédain voire de la condescendance chez mes amis les plus "éduqués" qui aiment à se penser complètement "modernes". En gros, affranchis de toute influence imposée par la société. Ce qui bien évidemment est faux ! Ce qui me touche, c'est leur volonté de tout rabaisser ! Ils prouvent une certaine bassesse, mais révèlent surtout une peur inavouable. Une peur qui habite croyant et non-croyant, la peur de la mort !
Car finalement qui comprend vraiment le monde dans lequel nous vivons ? Pourquoi sommes-nous sur Terre ? Quel est le but de l'existence humaine ?
C'est parce que l'on s'interroge, que l'on se distingue de l'animal. Et c'est pour cela que la religion, la spiritualité me semblent être une réponse adéquate, quoi que partielle à cette grande énigme qu'est la vie...




4 commentaires:

  1. Dans ton texte, on se rend compte déjà que tu n'as plus une vision catholique de la chrétienneté, dsl mais tu deviens protestante lol
    après je te trouve un peu trop fataliste, par exemple certes Benoit XVI est un gros conservateur, ms c la première fois qu'un pape fait autant de truc pour lutter contre la pédophilie, aucun pape ne s'était excusé, et désormais la règle du silence ne compte plus pour les prêtres pédophiles, officiellement ils ne seront plus protégés dans l'Église.
    Enduite les textes bibliques ne renient pas les noirs, on parle même rarement de la couleur de peau des gens, c'est mm pour ça qu'il y a des débats par ex sur la couleur de peau du Christ...

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  2. Malgré mon rejet de toute religion, je ne vis pourtant pas dans le culte du matérialisme. On peut être pragmatique sans pour autant être dupe sur les réalités qui nous entourent :) ce n'est pas l'un ni l'autre, comme tu le démontres d'ailleurs très bien.

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  3. @elvira : je ne pense pas avoir de religiosité, j'ai essayé d'en savoir un peu plus sur le protestantisme, j'ai suivi ma soeur dans son délire évangéliste, rien ne me correspond, ce qui me pose c la religion comme institution avec un personnel qui se croit au dessus de tout le monde même si je reconnais que ceux qui consacrent véritablement leur vie à Dieu comme les moines ou les hindous ascètes sont admirables ! en ce qui concerne la Bible et les noirs je sais qu'il n'y a aucune référence à la couleur de peau et je ne crois pas qu'il ait à débattre sr la couleur du Christ mais je pense qu'il y a une contradiction en le discours prétendument universaliste des catholiques et la Bible on sait que tout ça n'a été qu'une excuse pour conquérir les "terres lointaines".

    @cece : quand je parle de vie matérialiste, je ne parle pas du consumérisme (= l'accumulation de biens), je parle d'une position où "l'on ne croit que ce qu'on voit" tout ce qui peut être touché, palpable sans chercher à aller plus loin... c'est dans ce sens là

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  4. C'est certain qu'il peut paraitre difficile de concilier un attachement à une religion avec un esprit rationnel et pourtant, un grand nombre de scientifiques, philosophes (...) sont aussi de férus croyants.
    Je pense que c'est parce que comme tu le souligne, une religion n'est pas faite pour être comprise, disséquée et prouvée à l'aide de multiples expériences. On y croit parce qu'on a besoin du surplus de spiritualité qu'elle nous apporte. Et puis le facteur culturel joue également un rôle fondamental dans la forme de spiritualité choisie.

    Le rôle joué par l'Église Catholique dans l'histoire est bien souvent contestable donc je comprend bien que tu puisse avoir une certaine défiance vis à vis de cette institution. Mais comme le souligne Elvira, il existe plusieurs branches à la chrétienté...

    @cece: j'adore ton blog, c'est sobre et j'avoue tu prends de meilleures photos que moi.

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